Ames
soeurs
Chapitre 9 :
Complot de famille (3)
Genre : petits complots entre amis
La première chose dont il
prit conscience fut un linge humide posé doucement contre son front. Puis, le moelleux
étonnant de la surface qui le soutenait qui avait plus de parenté avec un bon lit qu’avec le bois dur des gradins
du terrain de Quidditch. Il pouvait percevoir aussi de légers froufroutements,
signe de corps qui se déplaçaient de-ci, de-là, ainsi que des morceaux de
paroles échangées qu’il ne comprenait pas encore, mais dont les voix lui
étaient familières.
Il aurait voulu ouvrir
les yeux, mais n’en eut pas le courage. Il pouvait sentir pulser dans son crâne
une douleur telle qu’il ne désirait que rester tranquillement allongé. D’un
autre côté, se lever signifiait pouvoir demander une boite d’aspirine et cette
idée n’était pour lui déplaire non plus.
Il hésita quelques
instants avant de finalement statuer que quelques minutes supplémentaires étendu
dans un bon lit, ou canapé, ne pourraient pas lui faire de mal et lui
permettrait par la même occasion de remettre ses idées en place.
Comme par exemple, où
était-il ?
Et plus important encore…
que s’était-il passé ?
Voyons voir… il se
souvenait du match, plus musclé et surprenant que d’habitude. Il y avait
d’abord eut l’accident avec un des joueurs de son équipe et un Serpentard qui,
tous deux bien trop occupés à regarder les pompoms girls sur le bord du
terrain, s’étaient percutés de plein fouet faisant voler pailles et herbes pour
se retrouver étalés au sol, les quatre fers en l’air, indemnes mais sonnés pour
le compte, plein de terre et les cheveux en bataille. Le spectacle avait mérité
le détour rien que pour les voir se regarder en chien de faïence, clignant des
yeux étonnés, se demandant visiblement comment tout ceci était arrivé. Leurs
corps s’étaient emmêlés de telle façon que l’on avait craint un moment qu’ils
ne soient blessés avant qu’ils ne se relèvent tous deux en riant. Ce qui les avait
beaucoup moins amusés cependant, avait été la tête de leurs entraîneurs
respectifs et la promesse de quelques tours de pistes supplémentaires pris sur
leur temps de repos.
Pourtant, il fallait
avouer que l’on ne pouvait guère leur en vouloir. Les neufs jeunes femmes qui
les supportaient sur le bord du terrain avaient accompli quelques prouesses
étonnantes, démontrant une souplesse hors du commun, surtout lorsqu’elles
s’étaient décidées à monter leurs jambes le plus haut possible.
Plus d’un spectateur à ce
moment là n’avait pas eu les yeux rivés sur le match.
Pour sa part, il devait
avouer que le spectacle l’avait laissé quelque peu de glace. Premièrement, il
avait Hermione et ne se laissait pas si facilement compter par quelques
fanfreluches habillement déplacées. Ensuite, toute son attention avait surtout
était tournée vers le Vif d’Or qui continuait à lui glisser entre les mains,
malgré tous ses efforts.
Il s’était même fait
l’une des plus belles frayeurs de sa vie, si on excluait sa dernière et ultime
confrontation avec Voldemort, lorsqu’il avait cherchait à l’attraper en pleine
descente et avait manqué de peu la pelouse quand ce dernier s’était redressé en
rase-mottes.
Il avait bien cru
s’écraser à son tour à ce moment là, avant de s’apercevoir qu’il était
miraculeusement parvenu à se redresser et continuait à filer la perfide petite
balle.
Le reste du match n’avait
plus été pour lui qu’une succession de voltiges parfois périlleuses, mais
étonnamment grisantes qui lui avait finalement permis de capturer le Vif d’Or
et de pouvoir le brandir bien haut sous les acclamations enthousiasmes de leurs
supporters. Néanmoins la victoire n’avait pas eu la saveur tant espérée car les
Serpentards s’étaient rapidement laissés distancés au score, alors que leur
meilleur joueur était absent. Il n’aurait jamais cru dire ça un jour, mais la
présence, même vicieuse, de Malfoy lui avait manqué tant tout lui avait semblé
beaucoup trop facile. Il était peut-être le seul adversaire véritablement à sa
hauteur et sans lui, la partie n’avait pas eu le même d’intérêt.
Enfin, ils avaient
remporté le match et c’était l’essentiel.
Il se souvenait encore de
sa joie lorsqu’il avait regagné le sol et que son équipe lui avait, une fois de
plus, sauté dessus pour le féliciter. Mais son euphorie avait été de courte
durée lorsqu’il s’était aperçu qu’à part Neville, aucun de ses amis n’étaient
venus le saluer et pire même, qu’ils n’avaient pas assisté à la fin du match.
Ils semblaient avoir tous littéralement disparus, même Hermione et il n’avait
pu s’empêcher alors d’être inquiet.
L’idée que la jeune femme
se trouvait probablement avec le reste du groupe l’avait quelque peu calmé,
mais sa peur avait augmenté, lorsque, sortant des vestiaires tout frais d’une
douche et de vêtements propres, il ne les avait toujours pas aperçus.
Il avait alors cherché un
peu partout, même dans l’école, sans aucun succès, avant de finalement regagné
à pas résignés le terrain, dans le mince espoir de les retrouver là.
Un espoir récompensé,
qui, dès qu’il avait aperçu la jeune femme en compagnie de Percy, l’avait
soulagé d’un poids qu’il lui n’était pas même capable de décrire. Elle était
saine et sauve et apparemment d’humeur joyeuse, bien loin de se douter de ce
qu’il avait pu ressentir.
Saisissant quelques
brides de sa conversation avec son aîné, il avait alors bassement décidé de se
venger et avait affiché sa mine la plus outragé et la plus blessé lorsqu’il
était venu les interrompre. La réaction d’Hermione ne s’était pas fait
attendre, de même que celle de Percy et si la situation l’avait beaucoup amusé,
il avait bien vite arrêté son petit jeu pour prendre la jeune femme dans ses
bras, incapable de résister à sa détresse.
Le reste était plus flou.
Il se rappelait qu’elle
lui avait demandé d’un ton très sérieux de bien vouloir s’assoire et l’écouter,
lorsqu’il l’avait questionné sur sa disparition et son visage sévère et en même
temps inquiet n’avait pas été pour le rassuré. D’autant que Percy ne semblait
pas mieux disposé, mais si à eux deux, ils avaient vainement tenté de détendre
quelque peu l’atmosphère.
Il sentit soudain une
lame douloureuse percer dans son crâne et abandonna un instant le court de ses
pensées pour attendre que la souffrance veuille bien refluer.
Quel mal de tête !
Il ne souvenait pas avoir jamais autant souffert. C’était étrange.
La vague finit néanmoins
par passé.
Où en était-il
déjà ?
Ah, oui, la discussion.
Il se souvenait
parfaitement maintenant. Hermione lui avait dit qu’ils avaient retrouvé Draco et
Ron dans…
Attendez…
Elle… ils…
QUOI ??????
Oubliant sa douleur et
ouvrant les yeux, il se redressa d’un bon, faisant tomber au sol la compresse
qui recouvrait son front et sursauter ses deux amis qui attendaient
nerveusement dans la pièce.
Presque aussitôt, la
souffrant repris le dessus et il se prit la tête entre les mains, alors que
Hermione, remise de sa petite frayeur de le voir ainsi brusquement se relever,
se précipitait déjà à ses côtés.
_ Harry, ça va ?
Demanda-t-elle d’une voix inquiète.
Le jeune homme grogna
pour toute réponse et se massa les tempes dans l’espoir de chasser la
souffrance et éclaircire ses idées.
Elle NE pouvait pas lui
avoir dit CA !
Il devait avoir rêver,
c’était impossible ! Ron et Draco, les deux pires ennemis que cette terre
aient jamais portés, dans les bras l’un de l’autre… On était en plein fantasme…
ou cauchemar, il ne savait pas trop.
Oui, il devait avoir
rêvé.
_ Harry ? Plaida une
nouvelle fois la jeune femme en s’asseyant à ses côtés.
Il concéda enfin à
relever la tête pour la regarder, une expression inquiète et coupable peignant
son visage et pour apercevoir du coin de l’œil, Percy, nerveusement dressé
devant lui.
Bon, ce n’était peut-être
pas un rêve.
Oulàlà…
Il sentit son mal de tête
empirer un peu plus et ferma les yeux.
_ Harry ? Tentèrent
d’un même accord ses deux amis.
_ Explication et
aspirine, finit-il par demandé en soupirant, les regardant à nouveau. Et pitié,
un peu de ménagement pour mon pauvre cerveau éprouvé !
***
Il se sentait étonnamment léger, alors qu’il courrait en direction
de l’école, comme déchargé d’une partie du désespoir qui semblait peser sur lui
depuis le début de ce cauchemar. Toutes ses souffrances, ses peurs, tous ses
doutes semblaient soudain un peu moins difficiles à supporter. Il lui
paraissait presque avoir trouver la paix.
Presque.
Grâce à Ron, à l’amitié
qu’il lui avait offert, il lui semblait que les cris dans son esprit, que les
images qui dansaient inlassablement devant son regard, se faisaient moins
présents, moins oppressants, comme effacés par la gentillesse innée du jeune
homme. Il était étrangement devenu la bouée de secours à laquelle se
raccrocher. Cette main tendue qui l’empêchait désormais de se noyer.
Mais pour combien de
temps ?
Il savait que tout
n’était pas éternel et surtout pas le bonheur. Alors, combien de temps avant
qu’il ne se rende compte qu’il avait fait une erreur ? Qu’il ne méritait
pas qu’il lui ait offert sa confiance et son cœur ?
Combien de temps… combien
de temps avant qu’il ne se sente chuter à nouveau sans personne cette fois
pour le rattraper ?
Combien de temps avant
que son père ne découvre la vérité ?
Il sentit son cœur manqué
un battement à cette idée et la repoussa le plus loin possible de son esprit.
Il ne fallait pas qu’il pense à ça. Il ne fallait pas qu’il imagine même une
telle chose. Il n’avait aucune raison de le faire.
Son père n’était pas au
courant et il ferait tout pour qu’il en soit toujours ainsi, quant à Ron… Ron
lui avait de lui-même tendu la main, l’acceptant pour ce qu’il était maintenant
et rien d’autre. Il ne l’avait pas jugé pour ses actions passées, pour toute la
souffrance qu’il avait engendrée, il l’avait pris tel qu’il était à cet instant
et n’avait aucune raison de revenir en arrière et trahir les paroles qu’ils
avaient secrètement échangées.
Sauf…
Peut-être…
Un corps nu si ce n’était le voile rubis
et poisseux qui le recouvrait, un corps torturé si comparable à ce qu’avait du
être… ce que… Déchiré, lacéré, violenté et cet unique rayon de lune qui dansait
sur son visage, sur ces cheveux… sur cette courte chevelure couleur de cuivre.
Non…non, non, non, non ! Ne pas y
penser !
Ca n’arriverait jamais.
Ne pas y penser…
Ce qu’il était maintenant ?
Il ne le savait pas trop.
Il lui semblait retrouver derrière toute la souffrance qu’il portait, ce qu’il
avait toujours été. Ce petit garçon qui n’avait jamais cessé d’exister,
emprisonné dans son esprit, mais toujours là, bien vivant. Un petit garçon au
sourire innocent, tellement loin de l’adolescent qu’il avait été.
Avait…
Il était étrangement
facile de parler au passé, mais pourtant il n’en avait pas le droit, tout ce
qu’il avait fait, tout ce qu’il avait dit… Même s’il n’était plus très sûr
qu’il s’agissait bien de lui, il n’en restait pas moins que c’était bien ses
actions et ses paroles. Ses coups et son ton moqueur.
Il n’avait pas le droit
d’oublié.
Mais peut-être, oui,
peut-être avec Ron, pouvait-il juste Les faire oublier… qui sait ?
Il ralentit son allure et
leva les yeux au ciel. Aucun nuage ne venait troubler son azur parfait,
laissant le soleil rayonné de toute sa splendeur, faisant briller chaque chose
avec un peu plus d’intensité. Une journée parfaite… parfaite.
Il sourit doucement,
s’obligeant presque à corps défendant à ne pas hurler sa joie à cette immensité
bleutée. Pour la première fois depuis
bien trop longtemps, il se sentait en vie. Il se sentait enfin lui-même,
complètement et parfaitement, un puzzle ré-assemblé.
En vie.
Il leva les bras et ne
put cette fois empêcher le cri de franchir ses lèvres, mélange de rire et
d’ivresse et il se sentit même prêt à danser. Il l’aurait peut-être d’ailleurs
fait, si au même instant, il n’avait pas surpris du coin de l’œil un mouvement
et regarder sur sa droite pour voir s’avancer vers lui Crabbe et Goyle, tous
deux visiblement très surpris. Il pouvait aisément comprendre pourquoi.
Ce n’était pas souvent
qu’ils avaient du le voir agir ainsi… rectification, ils ne l’avaient JAMAIS vu
agir ainsi.
Ces deux amis le fixaient
avec un regard un peu ahuri, mais aussi étrangement soulagé et amusé et il
baissa bien vite les bras, rougissant involontairement pour la deuxième fois de
la journée, mais de honte cette fois.
Quel idiot il
faisait !
Mais un idiot heureux et
c’est tout ce qui comptait. Rien ne pouvait venir ruiner sa bonne humeur. Il se
sentait libre et vivant, c’était découvert un ami surprenant et savait qu’il
retrouverait bientôt le confort de sa présence.
Une journée parfaite.
_ Draco… finit par le
saluer Goyle.
_ Oui, il paraît que
c’est mon nom, grimaça le jeune homme faisant sourire ces deux amis.
Un peu à son grand
étonnement et surtout à son soulagement, il ne firent aucun commentaire sur sa
soudaine bonne humeur, se contentant de le regarder d’un air entendu qu’il
n’était pas sûr de comprendre ou vouloir comprendre. Puis, après avoir
doucement rigoler entre eux, ils prirent une mine un peu plus sombre et
désolée.
_ Draco, reprit Crabbe,
Rogue veut te voir.
_ Aï, soupira le jeune
homme, perdant un peu de sa superbe. Le match ?
_ J’en ai bien peur.
_ On l’a perdu ?
_ On s’est fait éclater,
précisa Goyle.
_ Je vois, se contenta de
dire Draco, sachant déjà ce qui ne manquerait pas d’arriver.
Bien sûr, il n’avait pas
été là pour affronter Harry et les Serpentards s’étaient faits ridiculiser.
Rogue n’allait pas lui pardonner si facilement, surtout après sa première
« trahison » le matin même lorsqu’il avait défendu Weslay pour le
raté du cours de potion. Pas que cela est une grande importance maintenant,
sauf qu’il était capable de le garder en étude toute la nuit pour le punir et
ça, il ne le voulait pas.
Il passa une main ennuyée
dans sa chevelure de blé et fixa ses deux camarades qui le soutenaient
moralement.
_ Bien, dit-il. Allons
affronter la tornade.
Et sans attendre les
trois jeunes gens partirent en direction de l’aile des Serpentards.
***
_ Bien, alors attendez
voir si je comprends bien ce que vous venez de me dire. Hier encore, Ron était
prêt à massacrer la première personne qui oserait prononcer le nom de
« Malfoy » en sa présence et aujourd’hui, vous me dites l’avoir vu
consoler le jeune homme, le prenant dans ses bras et tout le tintouin, c’est
bien ça ?
_ Oui, à peu prêt, glissa
prudemment Percy.
_ Et Ginny a décidé de
jouer les cupidons par-dessus le marcher ?
_ Oui.
_ Okkkk… on me dirait que
je viens de tomber dans la quatrième dimension que je ne serais pas plus
étonné.
Inspirant calmement et
ignorant les regards nerveux que s’échangèrent ses deux amis, le jeune homme se
massa les tempes, sentant maintenant son cerveau sur le point d’exploser. Ce
n’était certainement pas ça qui allait arranger son mal de crâne.
_ Tiens Harry, souffla
Hermione en lui présentant un grand verre d’eau pétillante des deux cachets
d’aspirine qu’elle y avait glissé. Le jeune homme lui prit le récipient des
mains avec reconnaissance, tentant un sourire plus proche de la grimace
qu’autre chose.
_ Et vous êtes ok avec
tout ça ? Demanda-t-il avant de boire le liquide frais par petits coups.
Je veux dire, toi par exemple Percy, c’est quand même de ton frère dont nous
parlons, ça ne te fait rien ? Et toi Hermione, tu m’as toujours dit que
Ron était ton meilleur ami ?
Les deux jeunes gens se
regardèrent une nouvelle fois avant de dire qu’un même cœur :
_ Bahhhhh…
_ Un oui ou non, serait
plus approprié, je crois, souligna Harry.
_ Tu sais, dit Hermione
en reprenant place à ses côtés et posant une main sur sa cuisse, c’est difficile
à dire. On sait depuis un petit bout de temps maintenant que Malfoy peut-être
un vrai salaud et que Ron est sa proie de prédilection, mais il fallait le voir
aujourd’hui… Je ne sais pas. Si tu avais vu son regard, il semblait tellement…
perdu, comme celui d’un petit enfant. Pas du tout le Draco que nous
connaissons. Tu m’aurais demandé hier ce que je pensais de lui, je t’aurais dit
qu’il ne valait pas mieux qu’une limace et encore, que ce n’était pas gentil
pour la limace, mais maintenant… Je ne sais plus. Il avait l’air tellement…
humain.
_ Et vulnérable, souligna
Percy.
Hermione hocha la tête
d’agrément avant de poursuivre.
_ Ce n’était peut-être
que de la comédie, mais plusieurs petites choses me font dire que ce n’était
pas le cas et puis Ron…
_ Ron est un grand
naïf !
_ Plus autant qu’avant,
Harry. Il pourrait à mon avis tous nous étonner. Enfin, toujours est-il, que
c’est lui qui s’est lancé à la poursuite de Draco et pas le contraire. J’en
suis témoin, Ginny et les jumeaux aussi. Ce qui veut dire c’est que ce qui se
passe entre eux, quoi que cela puisse être, ne date pas de cet après-midi. Tu
sais très bien comme moi qu’il n’était pas vraiment dans son état normal ce
matin et il a disparu toute la nuit, alors…
_ A quoi penses-tu ?
Demanda le jeune homme en fronçant les sourcils.
_ Je ne sais pas, je me
dis seulement qu’hier soir, il a pu se passer un événement particulier, quelque
chose qui a fait qu’aujourd’hui, il avait l’air plus proche de Draco que de
n’importe lequel d’entre nous.
Harry grogna légèrement à
cette idée, mais ne dit rien pendant quelques instants, avant de
souligner :
_ Il m’a dit qu’il était
seul hier.
_ Et tu es sûr qu’il t’a
dit la vérité ?
Harry ouvrit la bouche
pour répondre positivement à une telle évidence, avant de la refermer presque
aussitôt. Il avait été très tenté de dire oui, mais maintenant que Hermione le
lui demandait, il n’était plus très sûr. Il se souvenait d’une légère
hésitation dans la voix du rouquin, à laquelle il n’avait pas prêté attention
alors, avant qu’il ne réponde. Comme s’il s’était apprêté à lui dire autre
chose.
Se pouvait-il… ?
Après aujourd’hui, il
était à peu prêt sûr que plus rien ne pourrait jamais l’étonner.
Il soupira.
_ D’accord, en admettant
même que vous ayez raison et qu’ils soient… amis…
Dieu que ce mot pouvait
paraître étrange associé à Malfoy et Ron.
_ … et que Draco ne joue
pas la comédie, sachant que si c’est le cas, il ne vivra pas assez longtemps
pour s’en féliciter, pourquoi vouloir jouer les agences de rencontres ?
_ Ah, ça, il faudra
demander à Ginny. Mais maintenant, je crois avoir ma petite idée la-dessus.
_ Et on peut savoir
laquelle ? Demanda Harry, buvant une dernière gorgée de son verre.
_ Bah, tu sais, Ginny m’a
dit aujourd’hui, qu’après avoir eu le béguin pour moi, Ron l’avait eu pour toi.
Harry fut tellement
surpris par cette déclaration qu’il recracha littéralement toute l’eau qu’il
avait dans la bouche.
_ Qu… QUOI ???
***
Draco baissa les yeux
sous le regard inquisiteur de Rogue qui se dressait devant lui, bouillonnant
d’une rage intérieure qui ne semblait pas prête de se calmer. Il avait pu s’en
rendre compte lorsqu’il l’avait vu au loin, alors que Crabbe et Goyle
l’accompagnaient encore jusqu’au salon où il comptait bien avoir une discussion
avec son « protégé ».
Il était assis tellement
droit sur son siège qu’il aurait pu jurer voir un piquet et son visage fermé
indiquait plus sûrement la colère qu’un froncement de sourcil ou un regard noir
posé sur lui.
Ces deux amis n’avaient
pu le soutenir bien longtemps et à peine l’avaient-ils présentés à leur
professeur, grimaces difficilement dissimulées, que celui-ci les avait
rapidement renvoyés d’un geste qui ne souffrait aucun refus. Les deux jeunes
hommes lui avaient lancé un regard de sympathie et de soutient avant de s’en
aller, l’étonnant une nouvelle fois. Jamais ils ne lui avaient fait preuve une
réelle amitié. De la fidélité oui, mais de l’amitié… et pourtant en quelques
minutes, ils avaient fait montre de plus de gentillesse et d’encouragement
qu’il ne l’avait cru possible.
Décidément, cette journée
s’était révélée pleine de surprises.
De bonnes surprises.
Il s’était alors permis
un petit sourire de remerciement qui cette fois avait pris ses deux compagnons
de court, visiblement étonnés de sa réaction. Ils auraient probablement bientôt
une discussion sur certains changements radicaux qui s’étaient ou allaient se
produire et cela n’était pas sans lui déplaire.
Mais pour l’instant, il
avait d’autres problèmes beaucoup plus ennuyeux, comme un Rogue qui devait lui
crier dessus depuis cinq bonnes minutes maintenant, sans même qu’il n’y prête
attention. C’était en tout cas plus rassurant qu’un silence chargé de menaces.
_ EST-CE BIEN COMPRIS,
MALFOY ?
Draco qui n’avait rien
écouté de ce qu’il venait de dire, sursauta à l’appel de son nom et acquiesça
rapidement son accord, sans même savoir de quoi il parlait, ni ce qui allait en
résulter.
_ Oui, monsieur,
souffla-t-il un peu hésitant.
_ La punition sera en
conséquence de vos actes, grogna Rogue. Votre père m’a laissé quelques
instructions bien spécifiques au cas où une telle chose viendrait à se
produire. Je suis sûr que vous serez les apprécier.
A la référence de son
géniteur, Draco pâlit mortellement.
Non… il ne pouvait
pas… il n’allait pas…
Sans s’en rendre compte,
il s’était mis à trembler violemment. Il regarda soudains ses mains secouées de
spasmes incontrôlables, avant de lever les yeux sur Rogue dont le visage
exprimait visiblement la satisfaction.
Non…
Draco, calme-toi…
calme-toi !
Mais il ne pouvait s’en
empêcher. Il savait ce qui allait lui arriver ou pouvait le deviner et il
n’était pas sûr de pouvoir… de…
Les images se mirent à
nouveau à défiler devant ses yeux, plus rapides et plus nettes, accompagnés des
hurlements des bêtes, des ricanements sinistres, de l’odeur, de la couleur du
sang, des chaînes… le fouet.
Non…
Il ne pourrait pas… il ne
pourrait pas…
_ Allez, venez jeune
homme, vous apprendrez bientôt à ne plus ridiculiser votre groupe et votre
famille.
NON ! RON, AIDE-MOI !
Rogue referma sa poigne
sur le bras de Draco et celui-ci ne chercha même pas à se dégager, complètement
paralysé par la peur, incapable de réagir.
Il pouvait presque voir
le mur de briques noir et humide dressé devant lui et les anneaux de fer pendus
par les courtes chaînes qui s’y enfonçaient. Il pouvait sentir leurs morsures
glaciales sur sa peau, il pouvait…
RON !!!!!
Il leva son regard vers
Rogue, plein d’un désespoir qui le fit hésiter un instant tant il était sans
fond. Il s’aperçut alors que le jeune homme pleurait et faillit relâcher sa
prise et le laisser partir, mais ses instructions étaient bien précises. Il se
força à ignorer la détresse du son protégé et serrant davantage sa poigne sur
le jeune homme, il l’obligea à le suivre hors de la pièce.
Il n’eut malheureusement
pas le loisir de l’emporter bien loin. Avant même d’avoir atteint la porte du
salon, le professeur Ernst pénétra dans la pièce, leur barrant le passage.
Rogue stoppa net, quelque peu impressionné par le nouvel arrivant dont il était
incapable de déchiffrer le visage et qui restait à ses yeux une énigme
dangereuse.
_ Professeur,
siffla-t-il.
_ Monsieur Rogue, sourit
ce dernier comme si de rien n’était. Et le jeune Malfoy, c’est justement vous
que je cherchais.
_ Plait-il ?
_ Oh, veuillez m’excuser,
dit Ernst son regard pénétrant fixer à celui de Draco qui sembla se détendre
étrangement. Je voulais vous voir au sujet du match. Je me devais de vous
présenter mes excuses. Je suis horriblement désolé, c’est de ma faute si Draco
n’a pas pu y assister.
_ Votre faute ?
Demanda Rogue, suspicieux.
_ Oui, voyez-vous, c’est
une regrettable erreur. Je ne savais pas qu’il devait y avoir un match et j’ai
obligé le jeune homme ici présent à rester avec moi malgré ses protestations.
Je suis inexcusable. Je n’ai compris que trop tard pourquoi il tenait tant à
partir.
_ Je… je vois, souffla
Rogue qui ne relâcha cependant pas le bras de Draco. Il est effectivement
dommage que vous n’ayez pas été mis au courant de certaines choses.
_ Oui, il est vrai. Bien,
je suis soulagé d’avoir pu vous parler.
Puis, désignant
Draco :
_ En avez-vous besoin
dans l’immédiat. Monsieur Lupin aimerait avoir un entretient avec lui au sujet
d’un exposé, si je me souviens bien.
Rogue se tendit
légèrement, mais abandonna finalement sa prise, sachant qu’il n’avait aucune
excuse pour garder le jeune homme avec lui, même s’il savait que Ernst avait
menti.
Draco ravala avec peine
son soulagement, ne croyant pas sa chance alors que son professeur venait
inexplicablement à son secours et se porta aussitôt près de lui, loin de Rogue
et de ses projets de punitions.
Ernst lui sourit
doucement avant de le pousser d’un petit coup de coude vers la sortie le
suivant presque immédiatement.
_ Bien… au revoir
Professeur Rogue et merci. Je pense que nous nous verrons au dîné de ce soir.
Le sorcier grogna plus
son agrément qu’il ne répondit, avant de voir la porte se refermer sur son nez.
_ Mer…merci, souffla
Draco une fois sûr que Rogue ne pourrait plus l’entendre.
_ Nul besoin de me
remercier, jeune homme, sourit de sa grimace étrange son professeur. Nul
besoin. Il est des choses qui ne devrait jamais arriver et je sais que vous
avez subit plus qu’il n’aurait du être permis.
Draco lui lança un regard
étonné et interrogateur, pas certain de savoir de quoi il voulait parler,
auquel Ernst ne répondit pas.
_ Filez dans votre chambre,
se contenta de dire ce dernier.
_ Mais… euh… et le
Professeur Lupin ?
_ Remus ? J’avoue
avoir abusé quelque peu de son nom, mais je sais qu’il n’y verra aucun
inconvénient. Allez, partez donc vous reposer, vous en avez besoin.
Malfoy le regarda encore
quelques instants, hésitant, avant de finalement obtempérer, bien trop soulagé
et épuisé pour chercher à comprendre. Ernst le regarda s’éloigner une
expression inquiète sur le visage.
Apparemment, il l’a
fait, pensa-t-il amèrement. Face les dieux que Sirius ait réussit,
sinon…
***
_ Tu vois, je te l’avais
bien dit ! Ca se voyait comme le nez au milieu de la figure !
_ Humhum, c’est cool, je
savais bien qu’il nous cachait quelque chose. Mais je me demande ce qu’il l’a
fait changer.
_ Aucune idée, mais ça à
l’air sérieux… Dis, tu crois qu’il s’en rend compte ?
_ Je ne sais pas. Ca
m’étonnerait, mais c’est vraiment mignon.
_ Ca c’est sûr,
eheh !
_ EH ! Les
garçons !
Les deux jeunes gens
s’interrompirent soudain pour se retourner vers la voix qui les avaient
interpellés.
_ Je peux vous
parler ? Demanda-t-elle.
Ils se regardèrent un
instant avant de répondre.
_ Ca dépend. De
quoi ?
_ A votre avis ?
Zozios, fleurs bleues, petites zabeilles et tout et tout.
_ Hum… ok.
_ Bien, mais laissez moi
vous présenter d’abord un ami.
***
Il était déjà tard
cette nuit et presque toutes les lumières étaient éteintes. Dans les couloirs
sombres, seul le pas silencieux de Rusard et Miss Teigne pouvait parfois être
perçu et la plupart des élèves dormaient déjà d’un bon sommeil après une
éprouvante journée de cours, de même que leurs professeurs.
Mais dans une chambre à
l’étage, plusieurs bougies brûlaient encore et la porte, pourtant soigneusement
fermée, laissait échapper des murmures conspirateurs. Huit personnes se
tenaient là, emmitouflées dans leur robe, discutant vivement, écoutant parfois
les explications discrètes et éludées d’une neuvième.
_ Bon, finit par déclarer
l’une d’elles. Que ceux qui sont d’accord lèvent la main !
Il n’y eut d’abord que
quatre bras levés, mais bientôt, tous, avec plus ou moins de soupires et de
ronchonnements, finirent par s’exécuter.
_ Parfait, nous allons
donc pouvoir agir. Opération Cupidon lancée !
_ Ginny !!!!
Soupirèrent en cœur sept voix désolées, mais aussi quelque peu amusées.
Ce qu’il ne savait pas,
c’est que de derrière la porte, deux autres âmes les avaient aussi écoutés.
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